Soirée au Digital café9janvier 2026 à l’occasion des 80 ans de la création de la sécurité sociale
Introduite par le spectacle d’Elisabeth Féry.
Il s’appelle Ambroise Croizat, il est né en 1901, il est mort 50 ans après et il a mis en place, en moins de 18 mois, un système absolument révolutionnaire et unique au monde : le régime général de la sécurité sociale. Cette histoire est racontée par Élie. Élie est aide-soignante dans l’hôpital public. Mais ses conditions de travail sont si dégradées par les gouvernements qu’elle finit, tout simplement, par ne plus du tout pouvoir travailler. Lors d’une manifestation, elle rencontre quelqu’un qui lui parle d’Ambroise Croizat. Elle se plonge dans des recherches et va découvrir le fabuleux destin de cet homme. Auprès d’elle, il y a aussi ses deux filles : Bescherelle et Dico (un comble pour une maman dyslexique !) et son ami Pierre. Pierre Caillaud-Croizat, le petit-fils d’Ambroise. Ce spectacle est un hommage mais c’est aussi une petite réparation : si l’Histoire l’a oublié, Élie, elle, l’a découvert et elle compte bien sur le fait de parler à toutes et tous, et tout le temps, de l’importance du travail de Croizat et de son fabuleux trésor. Après tout, comme elle le dit, la carte vitale porte bien son nom : elle est vi-tale. Sans elle, on est mort. Si vous aussi, vous avez envie de savoir à qui vous devez cette carte verte et jaune dans votre portefeuille, mais aussi à qui vous devez vos congés payés, vos APL et autres retraites, alors ce spectacle est pour vous !
La sécurité sociale a été créée au lendemain de la Seconde guerre par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.
Dans le système de sécurité sociale qui voit alors le jour, ce sont les cotisations des employeurs et des salariés et actifs qui financent le système. Logiquement les cotisants gèrent eux-mêmes le système: il faut mesurer l'instrument formidable que constitue pour les salariés le fait de gérer près d'un tiers de la masse salariale (les cotisations sociales représentent en fait un salaire socialisé, touché en cas de maladie, maternité retraite etc, et porté sur la fiche de paie) et le camouflet ressenti par le patronat et les classes dirigeantes, un véritable affront puisque le patronat est contraint de cotiser, mais cantonné à un rôle mineur dans la gestion.
Il faut rappeler le contexte de cette création: c’est à dire l'élan porté par le programme du Conseil National de la Résistance (CNR), la forte influence du Parti communiste et de la CGT et le rapport de forces issu des engagements respectifs des forces sociales avec ou contre les occupants. Autrement dit le patronat était à ce moment-là affaibli et un syndicaliste est devenu Ministre du travail et de la sécurité sociale (1945-1947)
La remise en cause n'a pas beaucoup tardé, avec un effritement progressif des principes fondateurs à partir des années 1960, dès que le contexte politique l’a permis.
Et d'abord les ordonnances Jeanneney en 1967 qui suppriment l'élection des administrateurs, imposent le paritarisme (nombre égal de représentants salariés et patronaux) qui remplacent un rapport 2/3 par 1/3 en faveur des salarié.e.s, et instaurent la séparation en trois branches autonomes (maladie, famille, vieillesse), chacune étant responsable de ses dépenses et de ses recettes. C'est la première étape d'une approche comptable de la protection sociale qui va peu à peu reléguer au second plan les finalités politiques et sociales de la sécurité sociale. On commence dès lors à parler de «charge» au lieu de «cotisation ;
A partir de ce moment-là et jusqu'à aujourd'hui, tous les gouvernements de droite comme de gauche ont poursuivi une remise en cause progressive et cohérente des fondamentaux du système de la sécurité sociale, c'est à dire: la solidarité, l'universalité des prestations, le financement par les cotisations sociales et la gestion démocratique.
La liste des remises en cause serait trop longue mais on peut tout de même rappeler quelques dates importantes : 1990 création de la CSG ou contribution sociale généralisée: c'est à dire un impôt appliqué à tous les revenus mais non progressif; c'est le début de la fiscalisation du financement. (Gouvernement Rocard) 1993 : la durée de cotisation pour le privé passe de 37,5 années à 40 pour bénéficier d'une retraite à taux plein. Et le gouvernement Balladur baisse pour la première fois les cotisations sociales patronales sur les salaires. L’allongement de la durée de cotisation de 1993 s'est étendu à la fonction publique (2003, Fillon) et en 2010 l'âge légal de départ a été repoussé à 62 ans. Depuis 1995, les parlementaires (de la majorité donc en application de la politique du gouvernement) vont pouvoir intervenir sur le terrain jusque-là réservé aux partenaires sociaux, par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) fixant les prévisions annuelles de recettes et les objectifs de dépenses branche par branche, le budget de la sécurité sociale et l’ONDAM l’objectif national des dépenses de santé. Quant à la branche famille, elle est concernée par la LFSS de 2015 qui remet en cause l'universalité des allocations familiales en les soumettant à des conditions de ressources. Arguant d'une plus grande justice sociale (un argument qui peut paraître recevable), le gouvernement a de fait, confisqué au passage les sommes économisées pour combler le déficit.
Ce qui est à l’œuvre c’est bien un processus d’étatisation, de fiscalisation et de privatisation de notre système de protection sociale. Un processus qui avance plus ou moins masqué étant donné l’attachement des français.
Intervention de Laurence Cohen, sénatrice communiste jusqu’en 2023.
« Chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins» est le principe de base sur lequel elle repose. Créée par un ministre communiste, Ambroise Croizat, au lendemain de la guerre, c’est une véritable avancée révolutionnaire. Mais pour les libéraux de tous horizons, elle représente un pactole de 660 milliards d’euros qui échappe au marché ; il faut donc l’abattre ! Et d’abord, il faut la vider de sa substance, faute de pouvoir la supprimer, car les français y sont très attachés !
Petit à petit, l’État a pris le contrôle financier de la Sécurité sociale en asséchant le système de cotisations au profit de l’impôt (CSG et TVA) privant les assurés de la maîtrise de LEUR système de santé. Aujourd’hui, 50% des recettes de la sécu proviennent de l’impôt.
Depuis 1996, chaque année, lors de l’examen de ce qu’on appelle le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité Sociale), les gouvernements successifs de droite ou de gauche, refusent de créer nouvelles recettes et réduisent les dépenses, c’est à dire les financements qui permettent à chacune et chacun d’avoir accès à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire.
En 2025, ce sont encore plus de 78 milliards d’euros qui ne sont pas rentrés dans les caisses de la sécu du fait des exonérations de cotisations patronales.
Et pour 2026, au nom de ce déficit fabriqué et qui s’aggrave, le gouvernement justifie un budget austéritaire qui prive NOTRE santé de 7 milliards d’euros en continuant à ponctionner les assuré·es sociaux.
C’est ce qui accélère la réduction du remboursement des soins par la couverture maladie obligatoire. Ce sont les fameux restes à charge qui pèsent de plus en plus sur les patient·es. Les malades ont été mis à contribution et continuent de l’être par le déremboursement de nombreux médicaments, la mise en place du forfait hospitalier et des franchises médicales. À ces mesures, il faut ajouter la faiblesse du remboursement des frais dentaires, des appareils auditifs ou encore des frais d’optique. Sans oublier les dépassements d’honoraires qui représentaient la somme exorbitante de 4,3 milliards d’euros en 2024 !
Les élus communistes portent des propositions
Au sénat, comme à l’assemblée nationale, les communistes défendent de nombreuses propositions pour une protection sociale de haut niveau en trouvant de nouvelles recettes :
®L’arrêt des exonérations patronales (80 milliards d’euros dont 5,5 milliards non compensés par l’État)
®L’augmentation des salaires (1% d’augmentation = 1 milliard de plus à la sécu),
®Le développement de l’emploi stable (un million de chômeurs en moins, c’est 5 milliards de plus pour l’assurance maladie),
®L’égalité salariale H/F (minimum de 6 milliards d’après la CGT)
®La taxation des revenus financiers sur la base de la cotisation employeur…
Quand nous célébrons les 80 ans de la sécurité sociale, nous voulons nous appuyer sur ce conquis afin de promouvoir un système de protection sociale du XXIe siècle, qui réponde aux besoins des assuré·es sociaux quel que soit leur âge ou leur situation.
Intervention de Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT, responsable de la protection sociale.
Depuis juin 2023.
Denis Gravouil rappelle qu’aussitôt après la création de la sécurité sociale, les vieux travailleurs ont touché une retraite sans avoir cotisé, selon le principe à chacun selon ses besoins.
Dans la longue série des attaques contre la sécurité, celle qui prévoit la limitation des affections de longue durée n’est pas la moindre.
Il rappelle que le volet assurance chômage de la protection sociale n’a été créé que plus tard mais selon la même logique et a subi les mêmes attaques depuis.
Le chantage au déficit et les reculs des droits sont permanents. Les bas salaires sont encouragés par les exemptions de « charges sociales ». La réforme des retraites a été imposée sans vote et contre l’avis d’une large majorité de français.
Le statut des intermittents du spectacle permet aux artistes ou techniciens d'être indemnisés lorsqu'ils ne sont pas sous contrat de travail. C’est une conquête sociale importante et la CGT travaille à une sécurité sociale de la culture.
On connaît les solutions au « déficit » de l’assurance chômage que porte la CGT : la hausse des salaires et l’égalité salariale hommes/ femmes.
