Science et démocratie

Quels rapports entre la Science et la Démocratie ?

La démocratie a-t-elle besoin de la science ?

La science a-t-elle besoin de la démocratie ?

L’objet de cet article n’est pas de définir la démocratie, tenons nous-en à la définition minimale de régime démocratique avec la liberté d’expression, la circulation des savoirs pour le sujet qui nous intéresse ici. Oui la science a besoin de la démocratie car elle a besoin de populations éduquées, informées, d’échanges entre les chercheurs, d’expériences partagées sans contraintes. Nous savons que la mise à l’index des œuvres de Galilée, mais aussi de celles de Descartes à leur époque ont empêché pour des temps longs les progrès scientifiques. Dans une période plus récente, nous avons vu les dégâts provoqués par l’officialisation politique d’une thèse scientifique fausse comme celle de Lyssenko.

La pandémie de Covid 19 a mis sous les feux de l’actualité les notions de bénéfices-risques, de modélisations, de prévisions, quand quelques cas détectés en moins de la maladie pendant quelques jours provoquaient des communiqués de victoire d’experts de plateaux de télé démentis par la vague suivante. On admet qu’une prévision météo peut avoir un certain degré d’incertitude, on annonce un risque d’orage, il se produit ou non et le météorologue n’est pas cloué au pilori. Le principe de précaution, inscrit dans la Constitution stipule que si le risque n’est pas nul, alors il ne faut pas prendre de décision. C’est oublier que ne pas prendre de décision d’agir c’est prendre une décision contraire, la vaccination n’est pas sans risques alors ne vaccinons pas ! Heureusement que ce risque zéro n’a pas été le critère décisionnel dans le cas de la pandémie, mais interrogeons-nous s’il n’a pas été parfois pris comme critère pour ne pas décider, pour arrêter un programme comme par exemple Super Phénix.

La démocratie a-t-elle sa place dans la science ?

La caricature pourrait être le résultat du référendum du 16 février 1616 : 99,99% de oui et 0,01 % de non. Le peuple a définitivement décidé que le soleil tourne autour de la terre et non l’inverse et cette décision sera inscrite en préambule de la constitution. Galilée et Copernic ont tout faux.

Ces quelques mots vous font bondir ou sourire, caricature de certains débats actuels, oui en effet car ils posent de vraies questions :

  • Une décision politique doit-elle être toujours calquée sur le résultat d’un vote ou sur l’avis d’experts scientifiques ? Le programme de grande ampleur de construction de centrales nucléaires, dit « plan Pompidou-Messmer » de 1973 n’a fait l’objet d’aucun débat public, pas même au Parlement. Notre pays produit aujourd’hui son électricité avec l’un des taux d’émission de CO² les plus faibles au monde, était-ce une bonne ou une mauvaise décision politique ? En 2011 la décision de la Chancelière allemande de fermeture des centrales nucléaires a été prise en dehors de tout débat, de tout avis d’expert et de toute concertation sur les conséquences pour l’ensemble de l’Europe, augmentation des émissions de CO² et des risques de blackout. Etait-ce une bonne ou une mauvaise décision politique ? Ces deux décisions politiques contraires ont été prises sans aucun processus démocratique.

 

  • Une vérité scientifique, oui il est vrai que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse, est-elle le résultat d’une délibération entre opinions opposées ou bien le résultat de recherches fondées sur une méthodologie? Pour simplifier disons un aller-retour permanent entre une théorie scientifique et des observations et des expériences confrontant les hypothèses théoriques aux résultats constatés.

 

  • Qui sont les experts et quelles sont leurs fonctions dans les prises de décisions dans un processus démocratique ? La pandémie de Covid 19 a mis cette question sur le devant de la scène. L’expert peut être défini comme le 3ème homme entre le chercheur et le politique qui doit donner une forme intelligible et utilisable au savoir pour forger une décision politique. Sa qualification est fondée sur la maîtrise de savoirs et de techniques, il n’est pas un chercheur, il doit établir un diagnostic évaluer une situation et donner un avis dans son domaine d’expertise.

 

  • Les plateaux télé, censément outils d’informations et de débats, indispensables outils démocratiques ont été dans cette période saturés d’experts ayant des avis opposés, alors qui était le « vrai » expert ? Cette question est très mal posée car elle suppose qu’à un instant donné à une question il ne peut y avoir qu’une seule réponse, c’est oublier que la science est une construction continue et que face à une question il peut, momentanément, y avoir plusieurs pistes de recherche et, comme dans une enquête policière, cela peut prendre du temps de « fermer les portes ». N’oublions pas non plus qu’un plateau télé fait de l’audience donc de l’argent plus facilement en opposant des points de vues polémiques plutôt que des réflexions arides.

 

  • Les réseaux sociaux, censément eux aussi outils de d’information et de débats ont été les véhicules de fausse nouvelles, objets que l’on peut neutraliser mais aussi d’opinions par exemple hostiles à la vaccination, beaucoup plus difficiles à contrer car il s’agit d’un énième avatar de l’opposition entre penser et croire. Penser oblige à un travail personnel permanent souvent contre ses propres pensées antérieures en les confrontant à la réalité, croire n’est que suivre la pente du moindre effort.

Un dernier sujet avant de conclure, causalité et corrélation, les mots sont devenus courants mais que recouvrent-ils ? Le froid favorise-t-il la multiplication du Covid, y-a-t-il de ce fait une saisonnalité, des corrélations sont observées, c’est-à-dire des évolutions parallèles mais le froid est-il la cause directe ou bien le mode de vie plus à l’intérieur qu’en été n’est-il pas le facteur déterminant. Le développement fulgurant du variant brésilien à Manaus en est le contre exemple suffisant à invalider l’hypothèse d’une causalité directe. Un autre exemple pour sourire : dans les communes qui abritent des cigognes, le taux de natalité est plus élevé que dans l’ensemble du pays. Corrélation vérifiée depuis longtemps en Alsace et en Allemagne. La conclusion est donc que les cigognes apportent les bébés ! Voici une explication plus probable : les cigognes nichent de préférence dans les villages plutôt que dans les grandes agglomérations, et il se trouve que la natalité est plus forte en milieu rural que dans les villes.

 

La réponse est oui à la question posée au début de cet article, la science a besoin de la démocratie et la démocratie a besoin de la science. Et pour que science et démocratie se nourrissent l’une l’autre l’éducation scientifique doit être reconstruite après des décennies de dépréciations des études scientifiques tout comme l’éducation à la démocratie et ce seront certainement l’objet d’articles prochains.

 

 

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