Plan climat de la Ville de Paris, l'analyse des élu.e.s communistes

Le plan 2024-2030 de la ville de Paris a été voté au Conseil du mois de novembre 2024.

Les élus communistes ont proposé plusieurs amendements.

https://www.paris.fr/pages/plus-vite-plus-local-plus-juste-le-nouveau-plan-climat-de-paris-25469

Vous trouverez ci-dessous l'analyse des élu.e.s communistes en Conseil de Paris:

 

Analyse des élus communistes au conseil de Paris sur le plan climat Ville de Paris

 

Plan Climat Paris 2024-2030

Comme pour le PLU Bioclimatique, ce plan Actions Climat nouvelle version représente une avancée, sous le triptyque « plus vite, plus local, plus juste ». Les 400 actions seront déclinées avec d’autres plans : transition du bâti parisien, gestion des ressources en eau, protection de la biodiversité, résilience de la ville, prévention des risques inondations, santé environnementale...

D’accord pour le « plus local », mais sur plusieurs thèmes d’actions nous avons aussi besoin de coopérations avec les commune de la métropole, avec Ile de France Mobilités  et avec d’autres territoires encore plus éloignées... Comme nous avons besoin de politiques publiques nationales fiscales, d’aides aux ménages, d’investissements publics favorables à la planification de la transition écologique et énergétique...

1- Pour le cycle de l’eau. Par exemple, vis à vis des risques d’inondation de la Seine à hauteur de la crue de référence de 1910, je souligne la construction d’un 5ème lac barrage réservoir sur le bassin amont de la Seine : il renforcerait les 4 existants avec l’enjeu d’1 mètre de niveau de la Seine à Paris. Il y a bien un compromis entre des contraintes pour des communes rurales avec l’expansion artificielle de la crue amont et la protection dans le bief de la métropole de Paris de centaines de milliers de personnes, des biens, des réseaux de transports, de l’activité économique.

Pour le risque d’inondation par ruissellement causé par des pluies intenses, notons l’importance des volumes du dernier épisode de très forte pluie début octobre mentionné aux rencontres d’ADAPTAVILLE du 14 octobre... Avec 60 mm d’eau en 8 heures, ce sont 900 000 m3 gérés en une journée par les réseaux d’assainissement de Paris et du SIAAP, à comparer aux 700 000 m3 totalisés sur les 10 mois depuis le début de l’année : le nouveau réservoir d’Austerlitz ne peut suffire à éviter les rejets en Seine avec l’importance des volumes dirigés vers les stations d’épuration, toutes hors de Paris. Rappelons que Paris n’a pas de réseau séparatif des eaux pluviales, contrairement à des départements limitrophes. Pour les immeubles, les obligations de stockage des eaux pluviales et d’absorption par les sols à la parcelle selon le nouveau zonage d’abattement, ne valent que pour le neuf et les réhabilitations lourdes.

Pour mieux gérer nos ressources en eau dans le contexte d’épisodes plus intenses et plus fréquents de sécheresse et de canicules, avec la recherche de 15 % d’économie d’eau rappelons que nous dépendons pour moitié d’eaux prélevées en Seine traitées dans des sites hors Paris et pour moitié d’eaux souterraines captées hors Paris également. L’atout d’un réseau séparatif d’eau non potable devrait également être mieux valorisé.

2- Est attendue l’accélération des actions de végétalisation des espaces publics, des cours d’école Oasis et des emprises des parcelles privées non bâties, comme de dé-bitumisation pour favoriser l’absorption des sols et le rafraîchissement. Mais pour l’absorption, outre l’importance des réseaux souterrains, l’autre limite aux solutions d’adaptation par la nature tient au caractère hydrosoluble du gypse d’une partie du sous-sol parisien.

3- Pour la production d’énergies décarbonées et la lutte contre la précarité énergétique, vous connaissez notre combat pour le service public national de l’énergie, avec EDF et GRDF et leurs filiales 100 % public, la nationalisation des groupes Engie et Total. En substitution des énergies fossiles, nous sommes pour le développement des énergies renouvelables pour la chaleur dans le respect de la biodiversité, pour l’électricité (hydroélectrique, solaire, éolien) et aussi pour le renouvellement de notre parc électronucléaire.

A ce sujet nous n’apprécions pas la formulation du 100 % énergies renouvelables à l’horizon 2050 et préférons la formule de 100 % énergies décarbonées. Ainsi à ce jour 93,5 % de l’énergie consommée à Paris est importée d’autres territoires (28,5 TWh hors Transport et 3,37 TWh d’énergie pour les Transports). 42 % d’électricité décarbonée à plus de 95 % dont 26,3 % d’ENR, 33,8 % de gaz carboné à plus de 98 % et la chaleur urbaine distribuée par la CPCU, 3ème énergie à Paris avec 54,1 % d’ENR (incinération des déchets et géothermie).

4- S’agissant de production locale d’ENR sur le territoire parisien, les objectifs de 10 % en 2030 contre 6,5 % en 2022, puis de 20 % en 2050 semblent assez hasardeux, même avec un objectif de baisse des consommations d’énergie de 35 % en 2030 et 50 % en 2050. Le slogan « Paris territoire 100 % énergie renouvelable » constitue une publicité abusive. Selon le plan il faudrait  500 GWh supplémentaires de production parisienne d’ENR d’ici 2030 dans cinq types d’énergie, s’ajoutant aux 2 TWh actuels (2 084 GWh) sur un total de plus d’une trentaine de TWh consommés. Nous sommes pour privilégier le développement de tout ce qui se substitue aux usages d’énergies fossiles (arrêt du fioul et progressivement du Gaz) : avec la chaleur, la géothermie, l’hydrothermie, le solaire thermique. Mais très critiques sur les substitutions à l’électricité en réseau, d’ores et déjà décarbonée à plus de 95 %.

  • 54 % de la chaleur distribuée à Paris par la CPCU est bien aujourd’hui ENR (1 457 GWh) par les installations du SYCTOM d’incinération des déchets d’Issy, d’Ivry et de Saint-Ouen et de la géothermie : sera-t-on à 75 % d’ENR en 2035 et 100 % en 2050 ? Oui mais à condition que le volume de déchets à incinérer ne diminue pas trop, qu’interviennent de gros investissements de production de chaleur avec des déchets de bois et biomasse réellement régionale et pas des pellets de bois importés... Même avec un grand volontarisme sur la récupération à Paris de la chaleur fatale et des eaux grises (+ 100 GWh supplémentaires voulues pour 2030), on est loin des besoins si notre réseau de chaleur urbaine se développe comme nous le voulons.
  • L’exploitation de la géothermie, profonde ou plus proche de la surface, rencontre des limites, même si des projets lancés vont émerger chaque année d’ici 2030 (91 GWh 2022 + 100 GWh supplémentaires objectif 2030).
  • Pour l’électricité produite localement, notons l’exclusion de l’éolien, au nom du patrimoine et d’une météorologie défavorable et rappelons que les 3 unités du SYCTOM produisent en électricité 5 % du total des ENR (soit une centaine de GWh/an). Pour le photovoltaïque solaire produit à Paris le plan voudrait passer de 3,6 GWh en 2022 à 100 GWh supplémentaires d’ici 2030... Notons que les 15 centrales solaires mises en service en trois ans par Enercitf sur des toits de bâtiments scolaires ou de logements sociaux ne produisent que les besoins de 250 logements... L’objectif d’installer d’ici 2050, 6 000 micro-installations de production d’électricité photovoltaïque sur les 3 800 équipements municipaux ne peut être motivé par la décarbonation. Mais entre le capacitaire et la production, on sera très loin des 20 % des énergies consommées produites localement...
  • Le solaire thermique paraît plus efficace avec 434 installations produisant 14,4 GWh, 4 fois plus que le photovoltaïque. Objectif de + 100 GWh supplémentaires en 2030.
  • Enfin l’Hydrothermie qui fournit 463 GWh, dont 370 distribué par le réseau Fraîcheur de Paris correspondant à environ 20 % des besoins en froid, doit aussi se développer avec l’objectif de + 100 GWh supplémentaires en 2030. Dans le contexte du réchauffement climatique, il faut absolument éviter la multiplication de climatiseurs individuels et privilégier le raccordement au réseau collectif de froid pour tous nos EPHAD, établissements scolaires, Hôpitaux, et tous les immeubles de logement et d’activités qui le peuvent...

5- Le programme d’actions de transition écologique du bâti doit se poursuivre en se massifiant avec des rénovations de la quasi totalité du parc existant : 1 million de logements et 50 millions de m2 tertiaire. Cela pour atteindre - 50 % de consommation énergétique en 2050 (18,8 TWh au lieu de 27 TWh). Du point de vue de l’empreinte carbone et des performances de fonctionnement des locaux, deux orientations du PLU bioclimatique vont également modifier lentement les enjeux : la transformation de surfaces de bureaux en logements dans l’Ouest et le Centre parisien, la préférence générale aux réhabilitations sur les démolitions/reconstructions.

Deux remarques à ce sujet. Entre 2004 et 2022, le résidentiel a un meilleur bilan de réduction des consommations d’énergie que le tertiaire : - 23 % (11,7 TWh) contre - 8 % (15,4 TWh). Et dans le parc de logements, la rénovation énergétique des logements sociaux est bien en avance sur celle des copropriétés privées. Outre notre objectif de 40 % de logements publics, deux leçons peuvent en être tirées. 1) Les trajectoires de baisse des consommations d’énergie prévues par les obligations réglementaires des locaux tertiaires ne sont pas respectées par tous les acteurs de bureaux, commerces, hôtels, cafés, restaurants, locaux d’enseignement... : il faut y remédier. 2) Si depuis 2004 les services de la ville, puis ceux de l’Agence parisienne du climat, multiplient les contacts avec les copropriétés, les réalisations de rénovations globales décidées sont en nombre insuffisant. Les financements publics et privés demeurent très en dessous des besoins pour diminuer le reste à charge des propriétaires occupants modestes. Quant aux propriétaires bailleurs, dont beaucoup détiennent chacun plusieurs appartements, ils ne sont pas pressés de faire baisser les dépenses d’énergie de leurs locataires !

 

6- Sur les transports de personnes et de marchandises, la quarantaine d’actions vise aussi une réduction de consommation d’énergie de - 50 % en 2050 (3,24 TWh tous transports, dont 2,4 TWh pour le transport routier au lieu de 3,37 en 2022 en baisse de 47 % depuis 2004).

En terme d’empreinte carbone et d’émissions de GES, la réduction obtenue de 2004 à 2022 est forte à Paris : - 60 % avec 0,71 million de tC02e (4 % de l’empreinte carbone totale) ; ce avec un volume de transports routier réduit de - 30 % en moyenne (4,9  millions de véhicules/km au lieu de 7). Remarquons que cette réduction a été trois fois plus forte à Paris intra-muros avec - 46 %, que sur le périphérique avec - 16 %.

Nous soutenons tous les axes et mesures visant au renforcement du maillage de transports en commun, à leur meilleure accessibilité aux personnes en situation de handicap, au développement et à la sécurité des mobilités actives (vélos et marche à pied). Favorable aux actions accélérant la logistique décarbonée et socialement plus protectrice des travailleurs, aux aides à la conversion des véhicules utilitaires pour les professionnels selon le chiffre d’affaires et sur critères de ressources pour les particuliers.

Or nous avons besoin d’augmenter les ressources d’IdF Mobilités avec le versement mobilités. Et surtout pas de privatiser par lots les lignes de bus et demain les lignes de métro, ce que fait l’équipe de Madame Pécresse en gaspillant déjà des milliards d’euros dans ces opérations, qui vont désorganiser demain la cohérence de nos réseaux. Rappelons que la concurrence se joue sur le moins disant social, avec une moyenne de coût de fonctionnement à 60 % en coûts salariaux...

Mais l’empreinte carbone des transports hors Paris desservant les besoins de Paris est 5 fois supérieure à celle des transports à Paris (3,4 millions de tCO2e correspondant à 18 % de l’empreinte carbone totale, en baisse de 13 % depuis 2004). Et l’empreinte carbone du transport aérien, qui comptabilise les transports de marchandises alimentant Paris et les vols aériens des parisiennes et parisiens, représente à elle seule 26 % de l’empreinte totale, supérieure à l’empreinte de tous les autres modes de transports (22 %) ou encore à celle du bâti parisien résidentiel et tertiaire (18 %). Cela pour montrer que nous avons aussi besoin d’une planification nationale des transitions énergétiques et écologiques, comme de financements publics considérables nationaux, régionaux et locaux pour accélérer et réussir ces transitions.

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